Drame de Furiani, le plus mauvais souvenir de Bernard Tapie
Président de l’Olympique de Marseille et à l’époque également ministre de la Ville, Bernard Tapie était évidemment à Furiani ce triste 5 mai 1992. Vingt ans après ce drame, qui a fait 18 morts et plus de 2300 blessés, l’ancien patron de l’OM avoue que ce souvenir le hante toujours et dans Aujourd’hui en France, il se souvient de cette journée comme si c’était hier.
« Ça a été terrifiant : il y avait des gens qui hurlaient, des gens qui avaient la gorge ouverte. On a ressenti une peur incroyable. En même temps, il fallait aller en dessous des décombres : j’ai sorti des hommes agonisants (…) Les journalistes ont eux aussi été extraordinaires : là, les vraies valeurs ont pris le dessus. Parmi ceux que j’ai aidés, il y avait l’un de ceux qui me détestaient le plus. J’ai entendu crier sous les gradins, je l’ai attrapé, je lui ai fait du bouche-à-bouche et un massage cardiaque en attendant que les secours arrivent… Aujourd’hui, ce type vit. Il n’y a pas longtemps, il m’a demandé s’il pouvait raconter cette histoire et je lui ai dit non. Je n’ai rien fait d’autre que mon devoir. Après, j’ai refusé la proposition pressante de la Fédération de jouer quand même la demi-finale. C’était impensable. Tous les joueurs m’ont soutenu. Quand les dirigeants bastiais m’ont appelé pour me dire qu’à quinze jours du match, ils allaient casser les tribunes, je leur ai dit : Ne faites pas les cons! On jouera au Vélodrome et les supporteurs corses viendront en ferries. Aujourd’hui, j’entends encore le bruit de la tribune qui s’effondre. Ce bruit restera dans ma tête et dans mon cœur pour le restant de mes jours », avoue Bernard Tapie, à l’heure où une journée de commémoration est prévue ce samedi à Furiani.
Entretien au Figaro: « Je suis toujours un bon manager »
L’ancien patron réagit pour Le Figaro à un sondage qui le place dans le top 5 des meilleurs managers de la planète aux côtés de Steve Jobs et de Bill Gates.
Heureux ! Bernard Tapie aux côtés des plus grands patrons de la planète. Voici le résultat d’un sondage Opinion Way sur le leadership et les qualités d’un bon chef réalisé auprès de 300 chefs d’entreprise et dévoilé lundi par nos confrères du Parisien. L’ancien patron de l’OM arrive dans le top 5 des managers juste derrière Steve Jobs (premier), Carlos Ghosn, Bill Gates et Michel-Edouard Leclerc.
Interrogé lundi matin par Le Figaro, l’ancien patron de l’OM s’est naturellement dit flatté par le résultat mais ne semblait pas étonné. «Les gens ont retenu mes interventions à la télévision qui ont contribué à valoriser le métier de chef d’entreprise, explique-t-il. Pendant des années, on a fait croire que le monde de l’entreprise était synomyme de tristesse et que l’on ne s’y amusait pas. J’ai contribué à changer cette image». Bernard Tapie s’est forgé une image de star du management en rachetant et en faisant prospérer des entreprises au bord de la faillite. Avant les années fastes à la tête de l’OM, il a accroché à son tableau de chasse quelques grandes réussites telles que les piles Wonder, les fixations de ski Look, les balances Terraillon, ou les magasins alimentaires bio La Vie Claire.
Cette image de bon manager, Bernard Tapie faussement modeste pense également la tenir du rôle qu’il joué dans le sport : de directeur d’équipe sur le Tour de France au début des années 80 jusqu’à patron de l’Olympique de Marseille (OM), en passant par le record de la traversée de l’Atlantique à la voile en 1988. «Avant, j’étais considéré comme un très bon chef d’entreprise, explique l’intéressé. Il a suffi que je fasse de la politique pour que les gens s’imaginent que j’étais devenu mauvais, mais je suis toujours un bon manager».
«De bons joueurs deviennent mauvais en arrivant à l’OM»
Bernard Tapie a une définition assez peu originale du bon manager, c’est «donner envie à ses collaborateurs d’offrir le meilleur d’eux-mêmes, de se dépasser. La priorité n’est pas de se faire aimer mais de les pousser à découvrir toutes leurs capacités». Plus originaux sont les exemples qui viennent à l’esprit de l’ancien grand patron: «Mon ancienne assistante est devenue l’assistante de François Pinault et pas l’assistante d’un quincailler», et les joueurs de l’OM – Papin, Wadle, Pelé – étaient de bons joueurs lorsqu’ils les a recrutés et sont devenus ensuite de véritables stars.
«Etre un grand manager c’était les faire devenir grands, affirme celui reste à ce jour le seul patron français à avoir gagné la Ligue des champions. Aujourd’hui, de bons joueurs deviennent mauvais en arrivant à l’OM. C’est le stéréotype du mauvais management ou du mauvais environnement».
Le Figaro
Les recours contre l’arbitrage rejetés
Le Conseil d’Etat a rejeté mardi les pourvois de deux contribuables et d’un député qui demandaient l’annulation de l’arbitrage entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais. La plus haute juridiction administrative a jugé ces pourvois irrecevables et confirmé un arrêt allant dans ce sens rendu par la cour administrative d’appel de Paris en décembre 2010.
Le Conseil d’Etat a suivi les conclusions du rapporteur public qui, en séance publique, avait considéré comme irrecevables les pourvois des trois requérants, parmi lesquels le député Charles de Courson (Nouveau Centre). Il avait examiné l’affaire deux fois, le 11 juillet puis le 22 juillet, la première audience ayant été annulée pour des raisons de procédure.
Europe1
« Les Montagnes Russes », bientôt à l’affiche
Les consignes étaient claires. Bernard Tapie n’était pas à Genève pour commenter les derniers rebondissements dans l’affaire DSK. Ni pour prendre position sur les «casseroles» de Christine Lagarde, directrice générale du FMI. On aurait pu en effet souhaiter le questionner sur un dossier qui le concerne directement, puisque l’ex-ministre de l’Economie et des Finances fait l’objet d’une enquête pour un éventuel abus d’autorité dans le dossier d’arbitrage – rendu en faveur de Tapie – dans la vente d’Adidas par le Crédit Lyonnais.
Si Bernard Tapie a fait le voyage de Paris avec sa partenaire, la délicieuse Béatrice Rosen, c’est pour parler de cette nouvelle pièce qu’il créera en avant-première, le 12 octobre, au Bâtiment des Forces Motrices: Les montagnes russes d’Eric Assous. Un texte qu’Alain Delon et Astrid Veillon avaient joué à Genève en 2005.
Dans ce «one man show» d’une heure qui a servi de conférence de presse aux Théâtrales, il se contentera de quelques allusions bien appuyées. Pour désamorcer la bombe. Bernard Tapie se laissera juste aller à un bref correctif: dans son cas comme dans celui de DSK, il ne s’agit nullement d’une «descente aux enfers»! «Celle-ci n’est possible que lorsque votre conscience vous punit, explique-t-il. C’est pourquoi il y a autant de suicides au début des affaires: vous ne pouvez pas vous tromper vous-même! Lorsqu’il a été arrêté, Strauss-Kahn avait plus la tête d’un mec en colère et vexé que celle d’un type coupable d’avoir commis un crime abominable.»
Après ses huit mois de prison ferme en 1996 («DSK n’en a fait que trois finalement!» ajoute-t-il), Bernard Tapie a su rebondir. «J’ai touché le fond de la piscine et je suis remonté, sourit-il. J’ai pris ça comme une épreuve et rien d’autre!» Si l’écriture lui a servi de défouloir, le Français a trouvé la paix sur les planches. En reprenant au théâtre – vingt-six ans après Jack Nicholson – le rôle de McMurphy dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. «Ma plus grande appréhension!» admet-il. On lui promettait l’échec. L’homme a écouté «les conseils de ceux qui ont l’expérience». Il a vite appris. Et gagné ses galons de comédien.
Après? Bernard Tapie choisit deux pièces plus légères: Un beau salaud de Pierre Chesnot puis Oscar de Claude Magnier
. A chaque fois, sur scène, il se permet «un flirt» avec son passé. «Ma notoriété n’est pas venue de ce métier, analyse-t-il. Forcément, les gens ont une idée derrière la tête lorsqu’ils assistent à mes spectacles. Par ces clins d’œil, je leur envoie un message: je sais à quoi tu penses, mais tu vois, là, on est ailleurs
!
Bernard Tapie n’a jamais pris de cours de théâtre: inutiles! Mais il sait ce qu’il veut. Pour
Les montagnes russes
, il a tenu à choisir lui-même sa partenaire. Son choix s’est porté sur Béatrice Rosen – qu’on a pu voir dans
2012
de Roland Emmerich ou dans la série américaine
Cuts
. «Il est brillantissime!, s’exclame-t-elle. Il a plein d’idées et il donne beaucoup…» A ses côtés, Tapie boit du petit-lait. «Mais là, on ne parle pas de blé, hein!, précise-t-il. Parce que du blé, je n’en ai pas beaucoup…» Un vrai comédien, on vous le disait
La tribune de Genève
Les procès à venir
PARIS — L’arbitrage ayant permis à Bernard Tapie d’obtenir 400 millions d’euros d’indemnités dans l’affaire Adidas sera au coeur d’un procès qui se tiendra le 21 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris, une date qui a été fixée mardi à l’occasion d’une audience de fixation.
Dans cette affaire, Bernard Tapie poursuit en diffamation l’un des meilleurs spécialistes français de l’arbitrage, Thomas Clay, qui a contesté la légalité de la procédure d’arbitrage.
En avril 2010, dans une interview accordée au Nouvel Observateur, Thomas Clay avait notamment déclaré: « On sait depuis le début que le recours à l’arbitrage était illégal ». Il avait ajouté: « Il reste un recours, qui pourrait être actionné, si suffisamment d’éléments étaient réunis pour prouver qu’il s’agit d’un arbitrage frauduleux et les dernières révélations semblent l’attester ».
Jugeant ces propos diffamatoires, Bernard Tapie a décidé de poursuivre Thomas Clay et le Nouvel Observateur en diffamation. Il leur réclame 150.000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral.
Une seconde citation directe déposée par Bernard Tapie sera examinée le 21 octobre. Elle concerne cette fois un article publié dans Le Figaro Magazine en avril 2011.
Par ailleurs, Bernard Tapie a déposé trois autres citations directes, visant notamment des propos dans les médias d’Eva Joly et François Bayrou. La date de ces procès sera fixée le 30 août par le tribunal correctionnel de Paris.
A l’heure où Christine Lagarde est menacée d’une enquête pour abus d’autorité dans cette affaire, ce procès en diffamation pourrait être l’occasion d’aborder la légalité ou non du recours en arbitrage.
Fin 2007, la ministre de l’Economie avait préféré confier le litige opposant depuis 1993 Bernard Tapie au Crédit Lyonnais dans le cadre de la vente d’Adidas à un arbitrage, autrement dit à une justice privée, plutôt qu’à la justice traditionnelle.
En juillet 2008, ce tribunal arbitral avait condamné le Consortium de réalisation (CDR, gérant le passif de la banque) à verser 240 millions d’euros de réparation à M. Tapie, auxquels s’ajoutaient une centaine de millions d’euros d’intérêts et 45 millions d’euros pour préjudice moral.
AFP
Le choix de Christine Lagarde remis en cause
Le procureur soupçonne la ministre française d’avoir favorisé Bernard Tapie dans l’affaire Adidas
Thierry Délèze | 10.05.2011 | 23:13
Dans le monde des affaires, il y en a qui ne s’arrêtent jamais et ne cessent de rebondir. C’est le cas de la vente de l’équipementier allemand Adidas par Bernard Tapie en… 1993! A cette époque, l’actuelle ministre de l’Economie Christine Lagarde n’est encore «que» avocate à Paris.
C’est pourtant bien contre elle que le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, veut ouvrir une enquête. Une demande a ainsi été faite à la Cour de justice de la République (CJR), seul organe compétent pour juger un ministre pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions. Le procureur soupçonne la ministre d’«abus d’autorité» dans un arbitrage favorable à l’homme d’affaires, dans le litige l’opposant au Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas. Le dossier agite le monde politique et économique français depuis des années.
A la fin de 2007, Christine Lagarde, fraîchement nommée ministre de l’Economie du gouvernement Sarkozy, décide de recourir à un tribunal arbitral, plutôt qu’à la justice traditionnelle, pour trancher une fois pour toutes dans ce litige. Une décision qui lui avait valu une pluie de critiques, socialistes avant tout.
Six mois plus tard, à l’été 2008, le tribunal arbitral désigné condamne l’organisme public chargé du passif du Crédit Lyonnais à verser près de 400 millions d’euros (intérêts compris) à Bernard Tapie. La décision provoque un tollé chez les parlementaires de gauche.
Pour calmer les esprits, Christine Lagarde assure qu’une fois les impôts et les diverses dettes payées, Bernard Tapie n’aurait touché que 20 à 50 millions de l’Etat. Mais en septembre 2010, la polémique rebondit lorsque
Le Canard enchaîné affirme que l’homme d’affaires français aurait empoché quelque 210 millions d’euros publics.
Le mois dernier, des députés socialistes demandent au procureur Nadal de faire la lumière sur les conditions dans lesquelles le tribunal arbitral a pris sa décision. Hier, le procureur général a estimé que les documents en sa possession
justifient l’ouverture d’une enquête. Il en fait donc la requête à la Cour.
Le Parti socialiste français salue la décision et parle d’un «événement majeur» dans ce dossier.
Tout autre son de cloche, bien sûr, dans l’entourage de Christine Lagarde. Joint par téléphone à Zurich (lire ci-contre), Bruno Silvestre, son chargé de communication, parle lui «d’une étape normale dans la procédure, qui ne change strictement rien à toute l’affaire». Et de rajouter: «Nous attendons maintenant la décision de la Cour, d’ouvrir une enquête ou non, d’ici à un mois.»
Sur le site LeMonde.fr, Bernard Tapie a qualifié la demande du procureur de «gesticulations et de délire total». L’homme d’affaires s’est déclaré convaincu que la décision du tribunal arbitral a été prise en toute connaissance de cause et «que les choses ont été faites de manière normale». Bernard Tapie s’est en outre déclaré «désolé pour Christine Lagarde, se sentant malheureux pour elle».
BT sur Europe 1
http://www.dailymotion.com/video/ximz4b
Le Figaro visé par une plainte pour diffamation
Bernard Tapie a porté plainte en diffamation contre Le Figaro et Le Figaro Magazine pour avoir écrit que le « feuilleton Tapie/Crédit Lyonnais » a coûté 15 milliards d’euros aux contribuables, a-t-il annoncé mardi à l’AFP. Cette plainte en correctionnelle a été déposée dans la matinée au parquet de Paris, selon M. Tapie.
« Puisqu’un certain nombre de médias font comme s’il n’y avait eu aucun jugement et continuent de raconter la même histoire depuis 14 ans, on va passer devant les tribunaux pour rappeler les jugements qui ont été rendus« , a déclaré M. Tapie.
« C’est le début d’une grande campagne offensive de ma part qui va les conduire tous devant les tribunaux correctionnels« , a-t-il affirmé.
Dans son édition du 8 avril, le Figaro Magazine a publié un article intitulé « Tapie-Lagarde : 5 questions pour comprendre« .
En réponse à la cinquième question, « combien le feuilleton Tapie/Crédit Lyonnais nous a-t-il coûté’« , l’hebdomadaire écrit : « Quinze milliards d’euros (soit près de 1.000 euros par contribuable imposable), dont 10 millions rien qu’en honoraires d’avocats« .
« C’est précisément pour limiter les frais que le choix de l’arbitrage a été retenu, fait valoir Christine Lagarde (…)« , ajoute le journal.
« Toutes les juridictions ont confirmé que j’avais rapporté de l’argent, que le solde était positif« , a protesté M. Tapie.
La ministre de l’Economie Christine Lagarde avait recouru en 2008 à un tribunal arbitral, plutôt qu’à une cour d’appel, pour régler l’affaire Tapie/Crédit Lyonnais.
Ce tribunal a décidé, après plus de 15 ans de bataille judiciaire, que le Consortium de réalisation (CDR, gérant le passif du Crédit Lyonnais) devait verser 285 millions d’euros de réparations à M. Tapie, dont 45 millions pour le seul préjudice moral.
Début avril, les députés socialistes ont demandé la saisine de la Cour de Justice de la République (CJR), accusant la ministre d’ »abus d’autorité« .
Par AFP
Affaire Tapie: Des députés saisissent la Cour de justice de la République
PARIS (AP) — Accusant l’Etat d’un « abus d’autorité », les députés socialistes ont saisi la Cour de justice de la République à propos du règlement de l’affaire opposant Bernard Tapie au Consortium de réalisation (CDR), chargé de la gestion du passif du Crédit lyonnais.
Ils ont adressé vendredi au procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, un courrier dans lequel ils estiment qu’un « faisceau d’indices » semble établir que les décisions prises par la ministre de l’Economie Christine Lagarde dans cette affaire « avaient pour objet de favoriser des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt public ». La ministre a réagi dans un communiqué diffusé samedi par ses services en soulignant qu »‘aucun élément du dossier ne permet d’établir l’existence de tels faits ». Elle a menacé de poursuites judiciaires les députés socialistes auteur de la lettre.
A l’issue d’une procédure judiciaire de près de quinze ans, un tribunal arbitral a condamné en juillet 2008 le CDR à verser à M. Tapie 285 millions d’euros hors intérêts, dont une indemnité de 45 millions au titre du préjudice moral, dans le cadre du contentieux avec le Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas.
A l’époque, Mme Lagarde avait justifié ce recours à des arbitres en expliquant que l’on était « en présence de sociétés de droit commercial qui s’opposent sur un litige commercial » et qu’il n’y avait donc « pas de raison que le tribunal arbitral ne soit pas compétent ». Une position contestée par plusieurs députés, dont le vice-président de la commission des Finances Charles de Courson (Nouveau Centre) qui a jugé « d’une légalité douteuse » ce recours à un arbitrage.
Le choix par Mme Lagarde « de recourir, à la demande de Bernard Tapie, à une procédure arbitrale plutôt qu’à un règlement judiciaire, illustré notamment par la décision rendue le 9 octobre 2006 par la Cour de cassation, suscite l’interrogation », écrivent les neuf députés signataires de la saisie, dont l’Associated Press a reçu copie samedi.
La Cour des comptes a de son côté transmis à la Cour de discipline budgétaire et financière un rapport soulignant des « dysfonctionnements caractérisés, mettant en cause deux hauts fonctionnaires, Jean-François Rocchi, le président du CDR, et Bernard Scemama, celui de l’Etablissement public de financement et de restructuration (EPFR) qui supervise cette structure.
Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS, a estimé dans un entretien au « Monde » daté de dimanche-lundi que « nous sommes en face d’une affaire d’Etat ».
« C’est (Mme Lagarde) qui a pris les décisions, mais, pour nous, il est clair que les arbitrages ont été faits au plus haut niveau », accuse-t-il.
Les députés PS estiment que la commission d’instruction de la CJR devra se prononcer sur une éventuelle « complicité de détournement de fonds publics », se demandant « si la solution retenue a pu être délibérément choisie en privilégiant, en connaissance de cause, les intérêts financiers particuliers de M. Tapie au détriment de ceux de l’Etat ».
Dans un communiqué diffusé samedi, le groupe PS au Palais-Bourbon note que la Cour des comptes « a souligné que la version signée du compromis d’arbitrage limitait le montant de l’ensemble de la demande d’indemnisation à 50 millions d’euros. La version votée par le conseil d’administration du CDR en octobre 2007 est bien différente. En affectant la somme de 50 millions d’euros au seul préjudice moral, elle a ouvert la voie à une indemnisation exorbitante ».
Christine Lagarde a réagi en soulignant samedi qu’il n’existe « aucun élément » permettant d »‘établir l’existence de tels faits ». Le recours à l’arbitrage ne « constitue en aucune façon un ‘abus d’autorité’ » et la procédure suivie est « transparente et respectueuse du droit », a-t-elle insisté, notant que « l’accusation de détournement de fonds public n’a pas de sens ».
Mme Lagarde « examine les actions judiciaires susceptibles d’être engagées » à l’encontre des auteurs » du courrier à Jean-Louis Nadal.
Arbitrage Tapie: la Cour de discipline budgétaire saisie
Nommé le 25 novembre 2009 en Conseil des ministres, sur instruction de l’Elysée, Jean-François Rocchi occupe désormais le poste de PDG du Bureau de recherche des ressources géologiques et minières (BRGM). Il est l’ancien président du CDR qui dans l’affaire opposant le Crédit Lyonnais à Bernard Tapie a préféré renoncer à poursuivre en justice le litige avec l’homme.
Mauvaise nouvelle pour Christine Lagarde, la ministre de l’Economie. La Cour des Comptes a épluché la gestion du dossier Tapie/Adidas par le CDR, la société qui avait repris les actifs douteux du Crédit lyonnais, après sa déroute au début des années 90. Et les conclusions des magistrats sont très sévères. La Première chambre de la Cour des Comptes vient de décider de transmettre au procureur général de la Cour de discipline budgétaire et financière, un rapport mettant en cause Jean-François Rocchi, le président du CDR. Un fait rare et grave pour ce haut fonctionnaire qui dépend de Bercy. Selon nos informations, Bernard Scemama, le président de l’EPFR, l’établissement public qui supervise et finance le CDR, est également visé par cette procédure. Au centre de la polémique, l’accord qui a attribué à Bernard Tapie, en juillet 2008, un chèque de 390 millions d’euros aux frais du contribuable. Interrogée, la Cour des Comptes ne fait aucun commentaire.
Les fautes de Rocchi
C’est Jean-François Rocchi, qui a bataillé pour convaincre le conseil d’administration du CDR d’abandonner les procédures judiciaires qui opposaient l’ancien Crédit lyonnais et Bernard Tapie sur la vente d’Adidas, pour recourir à un tribunal arbitral privé (l’homme d’affaires assure que la banque l’a volé lors de la revente d’Adidas, en février 1993). L’avocat historique du CDR, Jean-Pierre Martel, y était opposé, Rocchi en a pris un autre. C’est aussi Jean-François Rocchi qui a accepté d’inscrire, « dans l’ultime version du compromis d’arbitrage », précise la Cour, la possibilité d’accorder aux époux Tapie une indemnité pour préjudice moral allant jusqu’à 50 millions d’euros. Au final, ils ont touché à ce titre 45 millions d’euros. A titre de comparaison Patrick Dils, qui a passé à tort quinze ans de sa vie en prison, n’a reçu que 700.000 euros d’indemnisation ! C’est enfin Rocchi qui a outrepassé le mandat que lui avaient donné ses administrateurs. Selon nos informations, Rocchi avait mis sa démission dans la balance, pour arracher le droit de négocier un montant avec le camp Tapie. Mais cette délégation ne l’autorisait pas pour autant à conclure un accord pour une indemnité aussi élevée. « Jamais le conseil ne l’aurait accepté », jure un administrateur. Rocchi a mis en œuvre un protocole différent de celui qui avait été accepté ses administrateurs, il aurait même modifié certains procès verbaux de séance. Cela expliquerait la saisine de la Cour de discipline budgétaire.
Le danger pour Lagarde
Le coup est dur pour Christine Lagarde. Elle avait donné l’ordre à Jean-François Rocchi de recourir à cette procédure d’arbitrage privé très favorable à Tapie. Or, les investigations de la Cour ont mis à jour des notes des services de Bercy (l’Agence des Participations de l’Etat) déconseillant ce choix à Lagarde, ce qu’elle n’avait jamais dit. Autre point noir : la Cour des comptes a exprimé, dans un référé adressé au premier ministre François Fillon, ses doutes sur la capacité du CDR à recourir à une procédure d’arbitrage, normalement interdite aux établissements publics. Enfin, la ministre avait justifié ce choix par des raisons économiques expliquant que c’était la formule qui coûterait le moins cher à l’Etat. « Mes services m’ont indiqué que après déduction des impôts et des créances détenues par l’Etat 30 millions d’euros devront être réglés au bénéfice des époux Tapie », avait déclaré Christine Lagarde à l’été 2008. En réalité, il lui reste 260 millions d’euros, une fois payées ses dettes, selon les documents comptables que nous avons consultés. Soit huit fois plus ! Cela fait beaucoup d’erreurs. La Commission des finances de l’Assemblée Nationale devrait elle aussi publier dans les prochains jours un rapport très polémique sur la gestion par la ministre de ce dossier qui a enrichi Bernard Tapie. Rappelons que l’ex-ministre de la ville de François Mitterrand avait appelé à voter en 2007 pour Nicolas Sarkozy.
Sophie Fay et Thierry Philippon
Président du CDR, Jean-François Rocchi est aussi président du BRGM, le bureau de recherches géologiques et minières, qui emploie un millier de personnes dont 650 chercheurs. Il a été nommé en novembre 2009. Ancien élève de l’ENA, il a été directeur de cabinet de André Rossinot, ministre de la fonction publique, entre 1993 et 1995, puis de 2002 à 2004, de Jean-Paul Delevoye, ministre de la fonction publique, de la réforme de l’Etat et de l’aménagement du territoire, qu’il suivra en qualité de conseiller auprès du Médiateur de la République.

